Le règlement intérieur

Un employeur peut-il imposer des règles dans son entreprise sans qu’elles fassent l’objet d’un contrôle ? Non. Le règlement intérieur est un document écrit par lequel l’employeur fixe les règles de conduite applicables dans l’entreprise. Cet acte obéit à un contenu imposé, à une procédure d’adoption stricte et à un triple contrôle (inspection du travail, conseil de prud’hommes et tribunal judiciaire).

Le règlement intérieur est l’expression la plus visible du pouvoir réglementaire de l’employeur. C’est aussi un sujet de cas pratique qui tombe souvent, couplé à une question sur les sanctions disciplinaires.

Qu’est-ce que le règlement intérieur ?

Le règlement intérieur est un document rédigé par écrit par l’employeur, qui fixe les règles de conduite applicables au sein de l’entreprise. Il précise comment on vit dans l’entreprise.

Point essentiel : il est établi unilatéralement. Le salarié ne le négocie pas, il doit le respecter. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est très contrôlé.

Le règlement intérieur est-il obligatoire ?

Le règlement intérieur est obligatoire dans les entreprises d’au moins 50 salariés. En dessous de ce seuil, il reste facultatif : l’employeur peut en adopter un mais il n’est pas obligé.

Retenez le chiffre : à 49 salariés, il est facultatif ; à 50, il devient obligatoire.

Que doit contenir le règlement intérieur ?

Le Code du travail ne se contente pas d’autoriser le règlement intérieur : il en fixe le contenu. Certaines mentions sont imposées, une autre est simplement permise.

Le contenu obligatoire

DomaineCe qui doit y figurer
Santé et sécurité au travailLes mesures d’hygiène et de sécurité applicables dans l’entreprise
Sanctions disciplinairesLa nature et l’échelle des sanctions que l’employeur peut prononcer
Procédure disciplinaireLes règles à respecter avant le prononcé d’une sanction
Droits de la défenseLes garanties reconnues au salarié mis en cause
HarcèlementLes dispositions relatives au harcèlement moral et au harcèlement sexuel

Art. L. 1321-1 C. trav. : “Le règlement intérieur est un document écrit par lequel l’employeur fixe exclusivement :

1° Les mesures d’application de la réglementation en matière de santé et de sécurité dans l’entreprise ou l’établissement (…) ;

2° Les conditions dans lesquelles les salariés peuvent être appelés à participer, à la demande de l’employeur, au rétablissement de conditions de travail protectrices de la santé et de la sécurité des salariés, dès lors qu’elles apparaîtraient compromises ;

3° Les règles générales et permanentes relatives à la discipline, notamment la nature et l’échelle des sanctions que peut prendre l’employeur.”

Le contenu facultatif : la clause de neutralité (article L. 1321-2-1 du Code du travail)

La loi n’impose pas la clause de neutralité, mais elle en ouvre la possibilité. Il s’agit pour l’employeur d’encadrer l’expression des convictions (notamment religieuses) dans l’entreprise. C’est notamment la question du port de certaines tenues illustre cette notion.

Cette question a donné lieu à une évolution jurisprudentielle importante, avec l’affaire Baby-Loup (Ass. plén . 25 juin 2014, n°13-28.369), qui concernait une salariée d’une crèche privée. Aujourd’hui, la possibilité de prévoir une clause de neutralité dans un règlement intérieur est consacrée par la loi (art. L. 1321-2-1 C. trav.).

Elle reste toutefois strictement encadrée : la clause doit notamment être justifiée et proportionnée.

Art. L. 1321-2-1 C. trav. : “Le règlement intérieur peut contenir des dispositions inscrivant le principe de neutralité et restreignant la manifestation des convictions des salariés si ces restrictions sont justifiées par l’exercice d’autres libertés et droits fondamentaux ou par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise et si elles sont proportionnées au but recherché.

Quelle est la nature juridique du règlement intérieur ?

L’arrêt Unigrains

C’est la question centrale, et elle a été tranchée par la chambre sociale de la Cour de cassation dans l’arrêt Unigrains du 25 septembre 1991 : le règlement intérieur est un acte réglementaire de droit privé (Soc. 25 sept. 1991, “Unigrains”, n° 87-42.396).

Décomposons cette qualification, car chaque terme compte :

  1. Un acte = il émane de l’employeur, qui manifeste sa volonté de produire des effets de droit.
  2. Réglementaire = il pose des règles générales, impersonnelles et permanentes, par opposition aux mesures individuelles.
  3. De droit privé = parce que son auteur, l’employeur, est une personne privée.

Acte réglementaire ou mesure individuelle ?


Acte réglementaireMesure individuelle
PortéeGénérale et abstraiteUne personne déterminée
ExempleUne règle de sécurité applicable à tous les salariésUn licenciement fondé sur la faute d’un salarié

💡 Le conseil du prof La chambre sociale est la formation de la Cour de cassation compétente en droit du travail. C’est pourquoi la quasi-totalité des arrêts que vous rencontrerez dans cette matière portent la mention « Soc. ».

Une conséquence pratique : le transfert d’entreprise

Le règlement intérieur n’est pas un acte contractuel. Par conséquent, en cas de transfert d’entreprise (fusion, absorption), les contrats de travail de l’entreprise absorbée sont automatiquement transférés à l’entreprise absorbante. Le règlement intérieur, lui, ne l’est pas (parce qu’il n’est pas un contrat).

Quelles conditions de fond le règlement intérieur doit-il respecter ?

Le règlement intérieur ne peut pas contenir n’importe quoi.

2 exigences :

1. La conformité aux normes supérieures. Il doit respecter la loi, les règlements et les conventions collectives applicables.

2. La justification et la proportionnalité des restrictions (art. L. 1121-1 C. trav.). Lorsqu’il restreint les droits et libertés des salariés, la restriction doit être justifiée par la nature de la tâche à accomplir et proportionnée au but recherché.

Art. L. 1121-1 C. trav. : “Nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché.”

Cette exigence concerne notamment la liberté religieuse, la liberté de se vêtir, la liberté d’expression et le droit au respect de la vie privée.

💡 Le conseil du prof : les deux mots à retenirJustifiée” et “proportionnée“. Dès qu’une atteinte à une liberté apparaît dans votre cas pratique, ce sont les deux critères que vous devez utiliser. C’est le contrôle attendu par le correcteur, et il vaut bien au-delà du règlement intérieur.

Ce contrôle, avec les textes et la jurisprudence à mobiliser, est détaillé dans mes fiches de droit du travail sur les relations individuelles.

Quelle est la procédure d’adoption du règlement intérieur ?

L’employeur ne peut pas décider un beau matin d’imposer un règlement intérieur.

Celui-ci doit être rédigé par écrit et en français, et suivre 4 étapes cumulatives :

  1. La consultation du comité social et économique (CSE), organe représentatif des salariés.
  2. La transmission à l’inspection du travail.
  3. Le dépôt au greffe du conseil de prud’hommes.
  4. La publicité auprès des personnes ayant accès aux lieux de travail (en pratique, l’affichage dans l’entreprise).

La sanction du non-respect est radicale : le règlement intérieur est inopposable au salarié. L’employeur ne peut donc pas s’en prévaloir pour justifier une sanction.

💡 Le conseil du prof Quand un salarié est sanctionné sur le fondement d’une clause du règlement intérieur, vérifiez toujours 2 choses, dans cet ordre : la validité au fond de la clause (conformité aux normes supérieures, justification et proportionnalité), puis la régularité de la procédure d’adoption. Si l’une des 2 fait défaut, la sanction n’est pas valable.

Comment le règlement intérieur est-il contrôlé ?

3 autorités différentes peuvent être amenées à contrôler le règlement intérieur :

AutoritéMode de saisinePouvoir
Inspection du travailTransmission obligatoire du règlementExiger le retrait ou la modification d’une clause illicite. Sa décision est contestable devant le juge administratif
Conseil de prud’hommesPar voie d’exception, à l’occasion d’un litige individuelÉcarter la clause illicite, sans pouvoir l’annuler
Tribunal judiciairePar voie d’action, directementSe prononcer sur la licéité du règlement intérieur

Le contrôle de l’inspection du travail

L’inspecteur du travail vérifie que la procédure d’adoption a été respectée et que les clauses sont licites. Il porte une attention particulière aux atteintes aux droits fondamentaux et à leur proportionnalité.

Le contrôle du conseil de prud’hommes

En pratique, un salarié ne saisit pas le conseil de prud’hommes pour attaquer le règlement intérieur en lui-même. Le contrôle intervient par voie d’exception, à l’occasion d’un litige : un salarié sanctionné sur le fondement d’une clause soulève son illicéité pour sa défense.

Le conseil de prud’hommes ne peut alors qu’écarter la clause, pas l’annuler. Mais l’effet est important : si la clause qui fondait la sanction est écartée, la sanction perd son support.

Le contrôle du tribunal judiciaire

Le tribunal judiciaire, juridiction de droit commun en matière civile, peut être saisi par voie d’action pour se prononcer directement sur la licéité du règlement intérieur.

Ce qu’il faut retenir sur le règlement intérieur

  1. Le règlement intérieur est un acte réglementaire de droit privé (arrêt Unigrainz, 1991), et non un acte contractuel. Il est obligatoire à partir de 50 salariés et pose des règles générales, impersonnelles et permanentes.
  2. Son contenu est encadré par la loi et doit respecter les normes supérieures. Toute restriction aux droits et libertés doit être justifiée et proportionnée.
  3. Son adoption suit une procédure stricte en quatre étapes, dont la consultation du CSE et la transmission à l’inspection du travail. À défaut, il est inopposable aux salariés.
  4. Il est soumis à un triple contrôle (inspection du travail, conseil de prud’hommes, tribunal judiciaire) dont les effets varient : le conseil de prud’hommes ne peut qu’écarter une clause, sans l’annuler.

📚 Vous retrouverez la fiche complète sur le règlement intérieur, avec toute la jurisprudence et les exemples à réutiliser en copie, dans mon pack de fiches sur les relations individuelles du travail.

FAQ – Le règlement intérieur

Pour aller plus loin – Les fiches Jurixio

Retrouvez la fiche détaillée sur le règlement intérieur dans mes fiches de droit du travail — relations individuelles, ainsi que les fiches de relations collectives et les flashcards pour réviser en question-réponse.

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